Les anges de Boston
Irlandais et catholiques, les frères Connor et Murphy MacManus (Sean Patrick Flanery et Norman Reedus) ont été rebaptisés les « Anges de Boston » par les médias locaux. Non pas qu’ils soient des saints, bien au contraire. Ouvriers dans une boucherie industrielle, les frérots avaient pour habitude d’aller boire un coup au pub. Un jour, des membres de la mafia russe sont venus les menacer dans l’établissement. Une bagarre éclata entre les deux clans, marquant le début de la nouvelle activité des frangins : ils seront des tueurs sans pitié, éliminant un à un tous les pontes de la mafia, et justifiant leur croisade par leur foi en Dieu et la nécessité d’éradiquer les parasites de la société.
Ces deux justiciers dans la ville, flanqués d’un Italien nerveux de la gâchette (David Della Rocco), n’ont pourtant pas mauvaise presse auprès des citoyens, certains étant même plutôt satisfaits de l'éradication de la pègre. L’inspecteur surdoué Paul Smecker (Willem Dafoe), fin limier et amateur d’opéra aux méthodes rocambolesques, est chargé de découvrir l’identité de ces meurtriers. Il se lance à leurs trousses, partageant quelque part leur combat.
Sorti en 1999 et inédit en salles chez nous, Les anges de Boston s’est taillé une solide réputation malgré sa distribution limitée. Premier long métrage de Troy Duffy (qui a récidivé avec Les anges de Boston 2, disponible dès le 16 juin en DVD et Blu‑Ray), ce polar à l’humour corrosif devrait plaire aux fans de Quentin Tarantino. Si la forme est évidemment moins bien maîtrisée que chez le réalisateur de Pulp Fiction (les scènes de fusillades sont systématiquement entrecoupées des phases d’enquête de Smecker, ce montage en parallèle s’avérant répétitif à la longue), on apprécie l’effort de mise en scène (malgré des mouvements de caméra un peu trop ostensibles) et des lignes de dialogues qui font mouche.
Il faut également saluer les performances du casting, chaque acteur livrant le meilleur de lui‑même pour façonner des personnages hauts en couleur. Outre l’excellent Willem Dafoe, à la fois hilarant et troublant dans une scène où il se travestit pour infiltrer le milieu des mafieux, et les charismatiques frangins, on retrouve Carlo Rota (le mari de Chloe dans 24 heures chrono) dans le rôle d’un caïd italien, toujours aussi juste dans son jeu d’acteur.
La réflexion sur la justice expéditive et la loi du talion, décidément très en vogue ces dernières années (à travers les séries 24 heures chrono, Dexter, The Shield, et des films comme Death Sentence ou encore À vif), reste toutefois en surface, la faute au ton résolument second degré du film. C’est en cela que l’on peut faire ici référence à Tarantino, dont l’absence de positionnement vis‑à‑vis des personnages et le ton volontairement outrancier imposent un détachement par rapport au sujet. Pas plus mal.