Devil May Cry
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Adi Shankar a la main chaude. Son nom ne vous dit peut‑être rien, mais l’homme à multiples casquettes (créateur, showrunner, producteur, scénariste…) est le principal responsable pour Netflix de nombreuses adaptations de jeux vidéo en séries animées. Outre Devil May Cry, il était derrière les solides séries animées Castlevania et Captain Laserhawk : a Blood Dragon Remix. Dans les mois à venir, il travaillera également sur des portages d’Assassin’s Creed, Hyper Light Drifter et PUBG. Étant donné la qualité des exemples cités, difficile de ne pas être curieux, d'autant que ce Devil May Cry est de nouveau une bonne pioche.
Adaptation de la licence culte de Capcom lancée en 2001, Devil May Cry a immédiatement une bonne idée : ne pas adapter un jeu en particulier. L’intrigue de la première saison, composée de 8 épisodes de 30 minutes, va plutôt piocher des éléments dans plusieurs opus, mais aussi dans son univers étendu. White Rabbit, le principal antagoniste, vient par exemple d’un manga préquel de Devil May Cry 3, que même bien des fans de DMC n’ont probablement pas lu.
Démons et vermeil
Si le cœur de la série ne surprendra sans doute pas les joueurs, puisqu’il est tout de même question de suivre le chasseur de démons Dante alors qu’il tente d’empêcher l’invasion de la Terre par des créatures des enfers, ce mélange permet cependant d’éviter la redite pure sans intérêt. Les scénaristes ont également la bonne idée de ne pas se concentrer que sur le personnage ici doublé par Johnny Yong Bosch (qui doublait d’ailleurs Nero dans Devil May Cry 4).
En effet, le personnage de Mary (Lady, retravaillée) est aussi très présent à l’écran et permet notamment de donner un peu de fond à une série très portée sur l’action et l’hémoglobine ‑il s’agit, rappelons‑le, d’animation pour adultes. Un parallèle entre la situation des démons et des migrants de notre monde réel est ainsi frontalement établi, tandis que la cruauté et la violence humaines ne sont jamais oubliées. Pour la détente, la personnalité flamboyante, badass et insouciante de Dante est bien là, sans jamais verser dans le lourdingue façon Deadpool.
Animée par les Sud‑Coréens de Studio Mir (déjà habitués aux jeux vidéo chez Netflix avec The Witcher : le cauchemar du loup et Dota : Dragon’s Blood), Devil May Cry la série ne vient jamais trahir le style violent et dynamique des jeux vidéo. Les combats sont toujours clairs et l’ensemble tout simplement bien animé, à défaut de révolutionner le genre. Certains passages over‑the‑top sont même spécialement satisfaisants et rendent parfaitement justice aux titres de Capcom. On saluera notamment le sixième épisode, qui change totalement de style visuel par rapport aux autres pour raconter quasiment sans dialogue les origines de plusieurs personnages. Une prise de risque à saluer.
Enfer et contre tous
Côté doublage par ailleurs, tout le monde fait un excellent travail, à commencer par Hoon Lee (Banshee) en White Rabbit, ou encore le regretté Kevin Conroy (la voix historique de Batman) en vice‑président Baines. Impossible également de ne pas relever que Devil May Cry, dont le rythme est par ailleurs impeccable, est explicitement une série réalisée par des fans pour des fans. Surtout ceux qui ont grandi dans les années 2000.
Le show, qui a en partie axé sa communication là‑dessus, est ainsi ponctué de musiques culte de cette époque (entre deux morceaux originaux énervés pour l’action, évidemment). Celles-ci font assurément mouche et peuvent rappeler tout à fait volontairement les vidéos de fans de cette période. Le groupe Evanescence revient même pour un morceau…
Si Devil May Cry ne révolutionne rien dans le fond comme dans la forme, elle fera sans aucun doute plaisir aux adeptes de jeux vidéo tout en faisant office de sympathique porte d’entrée aux autres. D'autant qu’Adi Shankar a indiqué que, si plusieurs saisons il devait y avoir, chacune adoptera un style différent comme le font les jeux. Le gothique du premier jeu ne saurait donc tarder. De quoi varier les plaisirs et tenter des choses. Prochaines saisons ou non (espérons‑le, étant donné la fin abrupte de cette première saison…), cette nouvelle adaptation réussie d’un jeu vidéo sur le petit écran rend en tout cas l’exercice toujours plus pertinent quand il est réalisé par des personnes qui savent ce qu'elles font.