Casanegra
Karim (Anas Elbaz) et Adil (Omar Lotfi) sont deux amis d’enfance, deux chômeurs de vingt ans qui traînent dans les rues de Casablanca. Pour tenter de subsister, ils vivent de petits larcins, l’un emploie de jeunes enfants pour la vente de cigarettes au détail, tandis que l’autre cherche à financer ce visa qui lui permettrait de partir à Malmö, une petite ville suédoise dans laquelle vit son oncle. Le quotidien des garçons, loin d’être rose, est ponctué de rencontres en tous genres et de deals douteux. Un soir, dans un club enfumé de la ville, Zrirek (Mohamed Benbrahim) leur propose une affaire. Peut‑être une échappatoire possible pour ce binôme de désaxés, ou bien la signature de leur arrêt de mort. Très influencé par le cinéma de Martin Scorsese (le réalisateur Nour Eddine Lakhmari fait même une allusion à Mean Streets), Casanegra est un film surprenant. On a rarement vu telle énergie et telle déviance dans le cinéma marocain contemporain. Outre le discours social finalement assez commun (deux jeunes avec du potentiel auxquels la société ne laisse aucune chance), Casanegra est une fable esthétique en noir et blanc, où la ville de Casablanca incarne le personnage principal. La nuit venue, le masque tombe, sa violence déferle au gré de balades accélérées sur un scooter volé ou d’errances stériles pourtant si proches d’une quête d’absolu. Superbe séquence où les deux jeunes hommes se retrouvent sur les toits de Casablanca ‑leur casanegra rebaptisé‑ refuge secret où il est encore permis de rêver. Bien plus qu’une pépite, Casanegra est une bombe.