Banger
Légende de la musique électronique il y a 20 ans, le DJ français Scorpex (Vincent Cassel) est désormais devenu un musicien has‑been au bord de la faillite. C'est alors que la DGSI lui tombe dessus, lui demandant de travailler en couverture. Son objectif : faire tomber un réseau de drogue influent qui combine en secret autour d'un autre DJ, le jeune et populaire Vestax (Mister V). L'occasion pour Scorpex de faire tomber son rival et de revenir sur le devant de la scène.
Un casting façon carnet d'adresses
On ne présente plus le label de musique électronique français Ed Bangers. Fondé il y a plus de 20 ans par Pedro Winter, celui‑ci a été le fleuron de la French Touch dans les années 2000 avec des artistes comme Justice, Sebastien ou feu DJ Medhi. Une troupe dont une partie des visuels étaient alors signés par le graphiste Bertrand de Langeron, alias So Me. C'est à lui qu'on doit les pochettes flashy du label, mais aussi le clip mémorable de D.A.N.C.E. de Justice. C'est d'ailleurs dans la réalisation de vidéos pour Kanye West ou MGMT qu'il étendra sa carrière par la suite. Et c'est un nouveau pas qu'il réalise aujourd'hui avec Banger, son premier long métrage de fiction, une comédie loufoque produite par Netflix qui se situe justement dans l'univers du DJing et des scènes électroniques parisiennes.
Avec un prétexte scénaristique assez banal (être indic malgré soi pour la police), Banger enchaîne les saynettes humoristiques dans tous les contextes possibles du milieu : des concerts à la Gaité Lyrique, des studios remplis de synthétiseurs hors de prix, des défilés de mode ou des soirées dans des ambassades. Une ambiance qui sent fort l'entre‑soi parisien et se traduit particulièrement dans le casting, véritable annuaire de visages connus qui défilent à l'écran pour ce que l'on imagine doit être de l'amitié pour le réalisateur : aux côtés d'un Vincent Cassel dont on peut applaudir la volonté d'être encore prêt à jouer dans des films aussi foutraques, on croise ainsi un gros contingent d'humoristes (Laura Felpin, Mister V, Paul Mirabel, Panayotis Pascot ou Manu Payet) et de musiciens (Philippe Katerine, mais aussi des caméos de tout le petit monde d'Ed Bangers : Justice, Kavinsky ou même Pedro Winter). Du beau monde, mais encore aurait‑il fallu en faire quelque chose…

Humour usé et doucement rétrograde
Car quand on parle comédie, un carnet d'adresses pèse moins lourd qu'un bon scénario. Et sur ce point‑là, le mal nommé Banger vole vraiment au ras des pâquerettes : peinant à vous tirer un rictus pendant ses 100 minutes, le film de So Me ressemble à une pastille humoristique sur Canal+ dans les années 2010 qu'on aurait étirée à l'excès. Si certaines blagues bien précises sur le milieu de la musique ont une lucidité parfois rafraîchissante, le reste joue sur les codes usés de la comédie de gangster, avec des drogues, des mafieux flippants (Alexis Manenti, évidemment parfaitement typé pour ce genre de rôle) et des quiproquos déjà vus mille fois ‑avec également une intrigue père‑fille complètement fade.
Les personnages sont entièrement construits comme des caricatures, mais l'écriture peine à leur faire dire quoi que ce soit d'étonnant ou de réellement décalé, restant sur un humour basique et sans risques malgré toute la bonne volonté de certains acteurs qui tentent de faire le job avec un matériel scénaristique aussi douteux (on pense à l'excellente Laura Felpin que l'on ne désespère pas de voir dans un bon film un jour, après ça et Bref 2…). Long métrage sur le papier, Banger ressemble plus à une succession décousue de sketchs qui se trainent d'un point à un autre, jusqu'à une conclusion digne d'un vulgaire téléfilm. Malgré son savoir‑faire de clippeur, So Me offre une réalisation assez banale et lisse que l'on a l'impression d'avoir déjà vue chez Guy Ritchie il y a des siècles.
Banger, un pur délire entre potes ?
Mais le vrai drame, c'est que Banger semble ne pas savoir quoi penser de son personnage principal : d'un côté, il est ce DJ sur le retour imbu de sa personne, symbole des musiciens cinquantenaires qui se pensent encore cool mais sont en réalité des dinosaures déconnectés de toutes les réalités. Mais il est aussi ce vieux loup capable de faire chauffer les platines en moins de deux et qui jette un regard acerbe sur une industrie musicale atone que Banger dégomme allègrement, où le business a trop souvent pris le pas sur l'art.
Un entre‑deux symptomatique de tout ce qu'est le film, à la fois satirique et rétrograde, voulant être mordant mais faisant tomber constamment son dentier, où le personnage principal est certes un boomer pénible mais au moins autant que « les jeunes » avec qui il partage l'écran. C'est un film qui veut jouer sur le décalage entre les générations et montrer que la relève viendra de la jeunesse, mais dont toute la bande‑son est réalisée par 2manyDJs, dont la réputation n'est plus à faire certes mais qui ont commencé la musique il y a 30 ans. Et plus généralement, il y a cette pénible aura de jemenfoutisme qui suinte à chaque instant, donnant l'impression que tout ceci n'est qu'un pur délire entre potes, un private joke creux qui a mal tourné, une petite indulgence de gens qui ont les moyens de se l'offrir avec les deniers de Netflix, qui pourra ajouter ce film à son long catalogue de comédies flasques et paresseuses.